Il y a quelques semaines je vous délivrais la position de la cour de cassation sur la copie privée en tant qu’exception et non en tant que droit. Je vous invite à relire ce post pour les détails.
L’exception pour copie privée revient dans l’actu avec un petit cas pratique soumis au Ministère de l’Industrie et de la consommation par le député Jean-Jacques Candelier dans le cadre des questions à l’assemblée nationale. Au titre de l’article L122-5 du code de la Propriété intellectuelle ‘lorsque l’œuvre a été divulguée, l’auteur ne peut interdire … les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste…’. On admet classiquement que la copie n’est possible que si l’on possède l’original, d’où la notion de COPIE. Mr Candelier s’interroge à juste titre sur la notion de ‘copie privée’ et son exemple est le suivant :
Dans l'état actuel de la législation, une chorale qui voudrait dupliquer des partitions ne pourrait le faire qu'à condition que chaque membre possède les originaux, sous peine d'amendes. Au vu de cet exemple, quelle est la réflexion du ministère sur le cadre juridique des droits d'auteurs ?
La réponse du ministère publiée au JO (Journal Officiel) le 10 février 2009 est la suivante :
Le code de la propriété intellectuelle reconnaît aux auteurs le droit exclusif d'exploiter leurs œuvres lorsqu'elles sont communiquées au public. Ce principe, qui garantit la rémunération du travail et des investissements des créateurs et des industries culturelles, s'applique même à des opérations généreuses et désintéressées. La reprographie de partitions musicales sans autorisation préalable des ayants droit n'est donc autorisée par la loi que dans le cadre de « l'exception pour copie privée », c'est-à-dire, aux termes du 2° de l'article L. 122-5 du code, lorsque la copie ou la reproduction sont « strictement réservées à l'usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective (...) ». Cette exception a toujours été entendue de manière stricte par la jurisprudence. Elle exclut ainsi, notamment, toute copie destinée à l'usage interne, mais néanmoins collectif, d'un groupe. La ministre de la culture et de la communication a toutefois demandé aux sociétés de perception et de répartition des droits d'auteur de modérer autant que possible les rémunérations demandées aux associations poursuivant un but d'intérêt général, en prenant notamment en compte les capacités contributives de celles-ci et la nature de l'utilisation qui est faite des copies de partitions.
Le ministère reste sur l’interprétation stricte du droit d’auteur : pas de copie sans autorisation et/ou sans payer de droits. Ça peut sembler injuste ou inapplicable mais il me parait nécessaire de protéger, voir surprotéger les intérêts des auteurs. Depuis une dizaine d’années, le développement d’internet et la dématérialisation des supports a entrainé une relative perte de respect vis-à-vis du travail des auteurs. Auriez-vous perdu votre temps il y a quinze ans à photocopier l’intégralité de ‘Guerre et paix’ pour vos amis ? Seriez vous allé au cinéma avec votre caméscope pour filmer ‘Retour vers le futur 2’ et dupliquer les VHS ? La violation du droit d’auteur étant devenue plus aisée, elle fait parfois oublier l’existence même du droit.
Copier l'original n'est pas vital pour le consommateur sauf dans quelques cas :
- Si le support sur lequel est enregistré l'oeuvre n'est plus lisible, particulièrement si il n'y a plus de moyen pour lire se support (par exemple, j'ai de nombreux LaserDisc mais il n'y a plus de lecteur sur le marché et le mien est HS).
- J'utilise Linux comme poste de travail et de loisir, hors les protections anti-copie m'interdise de lire certains DVD sur mon poste.
- Le changement de support pour des lectures dans des lieux différents (comme la maison et la voiture, le balladeur).
Ainsi, l'interdiction de la copie n'est pas grave tant qu'elle ne m'empêche pas de consommer l'oeuvre acheté.De plus, nous sommes tous des pirates, que ce soit avec les vidéos, les musiques, les photocopies, les fontes de caractères, etc. Il est extrêmement difficile de ne pas l'être (comme le montre l'exemple de la chorale). On a tous tendance à reprocher aux autres le piratage d'oeuvre que l'on respecte, et les autres nous reproche le piratage d'oeuvre que l'on ne respecte pas.
Les lois doivent protéger, mais si elles placent tout le monde dans l'illégalité, la frontière entre le légale et l'illégale étant franchit, elles entrainent aussi une augmentation des actes illegaux. C'est pourquoi il faut penser aussi à des lois protégeant le consommateur (comme l'autorisation de la copie privé et donc l'interdiction des protections).
Merci pour votre commentaire Emmanuel.
J’ai effectivement une position très protectrice des auteurs et je rejoins à ce titre le point de vue des juges et du ministère quant à la Copie privée comme exception et non comme droit.
Il faut cependant avoir du bon sens et rester pragmatique dans notre approche de la lutte contre la contrefaçon. Je vous rejoins ainsi dans le fait que celle-ci ne doit pas non plus nous empêcher de consommer les ouvres auxquelles nous sommes sensibles et que nous décidons d’acheter.
La lutte me parait néanmoins nécessaire. Je pense que nous ne respectons pas suffisamment le travail des artistes et que dans la boulimie consumériste à laquelle nous nous sommes habitués il ne nous est dans l’immédiat pas possible de nous autolimiter. Un adage dit ‘Mieux vaut une injustice qu’un désordre général’ et en l’espèce, même si ça parait injuste, d’un point de vue de l’intérêt général, il vaut peut être mieux qu’une minorité ne puisse pas lire le DVD Import Italien de ‘Deux supers Flics’ que de laisser la porte ouverte aux copies et dérives illégales qu’il peut y avoir derrière.
Je mets tout de même quelques bémols supplémentaires sur les dérivent sécuritaires que l'on sent venir.
- Il n'est pas du tout prouvé que ceux qui piratent ne soient pas également ceux qui achêtent. La consommation entraînant la cosommation.
- Il n'est pas prouvé non plus, que si les gens ne téléchargent plus, ils les achêterons les produit (ils sont souvent trop chers), et personne ne croit que les prix diminurons. En prennant l'exemple des personnes autour de moi, presque personne n'a MicrosoftOffice légalement chez lui.
- Je connais de nombreuses personnes qui se pleigne des publicités qui bloque votre lecteur DVD (anti-piratage ou pub pour d'autres DVD quoi avec Disney), et qui leurs font dirent "au moins avec les fichiers téléchargés je n'ai pas la pub".
- Lorsque l'on est "obligé" d'avoir MsWord pour lire les emails que l'on reçoit, cela ressemble à des abus de position domminante, et pirater pour pouvoir lire les documents envoyés par une administration me semble acceptable. Bien qu'en réalité, il devrait être interdit à l'administration en question d'envoyer des documents dans des formats non libre.
- Lorsque le téléchargement légal de musique sur Internet ne fonctionne pas sur mon système (Linux) je ne vois pas comment être légal (c'est pour moi de la vente forcé de logiciel dont je ne veux pas). Même chose pour les DVD protégés qui ne fonctionnent pas non plus.
Maintenant pour allez dans votre sens :